Idée reçue °2 : une fois qu’un chien a goûté au sang, il devient dangereux

Désormais, vous retrouverez chaque mois notre nouvelle rubrique qui fait la part belle à toutes les idées reçues qui circulent sur le comportement et les besoins de nos toutous…

attack-dogs.jpgCette semaine, je me suis rendue chez l’une de mes patientes qui est confrontée à quelques problèmes hiérarchiques entre ses cinq chiens. A la fin de la consultation, elle me demande mon avis sur une question. Le chien de l’une de ses amies a malheureusement tué un chat errant et, suite à cela, le vétérinaire de garde qu’elle a dû appeler lui a vivement conseillé d’euthanasier son chien car « maintenant qu’il a goûté au sang, il peut devenir dangereux et même représenter un grand risque pour les autres chiens, vos enfants ou vous-même ! ».

Cela a bien sûr effrayé la propriétaire du chien mais la « solution » proposée par le vétérinaire lui semblait tout de même un peu radicale et surtout, elle aime son chien et ne veut pas le perdre. Heureusement… heureusement que cette personne n’a pas appliqué immédiatement le conseil reçu ! Car non seulement il est tout simplement aberrant, mais en plus il aurait coûté la vie d’un innocent. Bien sûr l’issue fatale pour le chat est bien malheureuse, et nous reviendrons plus tard sur la problématique de la relation entre le chien et le chat, mais de grâce, cessons de croire que parce qu’un chien a tué une fois, il cherchera à recommencer ou pire, que cela est lié au fait qu’il ait goûté au sang !

Instinct naturel

Nous allons faire le même petit exercice que le mois dernier : observer la vie du chien à l’état sauvage et se rappeler encore une fois que cet animal est bel et bien un chasseur. Tuer est donc pour lui tout ce qu’il y a de plus naturel, et le « goût du sang » dans sa bouche également puisqu’il est difficile de tuer une proie sans se salir la gueule. Nos chiens domestiques n’ont, grâce à nous, plus besoin de chasser et donc de tuer pour se nourrir mais la plupart d’entre eux ont bien évidemment conservé cet instinct naturel. C’est notamment le cas des chiens de chasse mais également de quelques-uns de leurs semblables non chasseurs.

Cet instinct de chasse sera bien souvent réveillé soit, chez les plus traqueurs d’entre eux, par l’odeur d’une proie passée par là, soit, chez la majorité des autres, par la vue d’un animal détalant devant eux. Et c’est malheureusement ce que font bien souvent les chats lorsqu’ils aperçoivent un chien : ils détalent !

Compétences de chasseur

chien-qui-court.jpgMalgré qu’ils n’aient pas perdu leur instinct de chasse, nos toutous ont par contre perdu beaucoup de leurs compétences de chasseur, par manque d’expérience bien évidemment. Résultat : ils ont beau se mettre à courir de toute leur énergie derrière ledit chat, lapin, écureuil, chevreuil, etc., ce dernier, qui n’a lui pas perdu ses compétences d’animal chassé, arrive quasiment toujours à semer le chien. Et donc notre toutou revient toujours bredouille. Sauf que parfois, la proie peut être faible ou malade, ou n’avoir pas suffisamment d’avance par rapport à son poursuivant, qui pourra alors ne pas la manquer. Cela est rare mais arrive parfois, si bien que certains d’entre nous ont un jour été confrontés au triste tableau de

leur chien revenant tout fier avec un oiseau ou un lapin dans leur gueule. Il ne faut alors évidemment pas le punir, car il n’a fait qu’écouter l’un de ses instincts les plus basiques.

Chien loup-garou

Lorsqu’il s’agit d’un chat, cela nous choque, bien sûr, parce qu’on le trouve, au même titre que le chien, dans nos foyers. Mais pour le chien qui n’est pas forcément habitué à en côtoyer dans son environnement proche, il devient une proie comme une autre lorsqu’il détale à toutes pattes en l’apercevant. Et des accidents peuvent arriver…

Donc, non, votre toutou ne risque pas de se transformer en loup-garou s’il revient un jour la gueule pleine du sang de l’une de ses proies. Il restera votre fidèle compagnon, qui se lovera à vos pieds lors d’une longue soirée d’hiver. Et il ne décidera pas un jour de sauter à votre cou ni à celui de vos enfants ou de vos autres animaux de compagnie pour « regoûter » à ce sang dont il s’est délecté !

Cet article a été rédigé par Julie Willems, éthologue-comportementaliste animalier, et est protégé par le droit d’auteur.

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